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La Saga 
des Héros de Sassoun
TOME 2
D'après la légende de David de Sassoun
adaptée par Alice Varvarian-Saboundjian

ISBN : 978-2-917329-02-3
232 pages, 14x19cm, 13 € TTC

Paru le 5 Aout 2008

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 « La Saga des Héros de Sassoun » est un premier pas dans l’exploration à travers le temps de la légende arménienne « David de Sassoun ».

Le premier tome de cet ouvrage nous a fait prendre conscience que la légende arménienne, contrairement à d’autres légendes, n’a pas eu besoin de déluge pour améliorer le monde. Les ancêtres des Arméniens ont accepté le monde tel qu’ils l’ont découvert et s’y sont adaptés. Ils réalisèrent des inventions dans tous les domaines, apportant de ce fait une incontestable contribution à la création du berceau de la civilisation occidentale.

Deuxième tome :

David de Sassoun, troisième héros du Lac Van, vous fera découvrir le perpétuel combat, dans l’histoire antique, entre les sociétés sédentaires et les sociétés nomades. Chaque péripétie de la vie de David, son enfance pleine d’imprévus, son mariage avec Khanedout des Bleues Collines ou sa mort si tragique et si inattendue, exprime l’amour que les ancêtres des Arméniens vouaient à leurs terres et leurs montagnes. David incarnera cet amour.

Mehère-le-Jeune est le quatrième héros du Lac Van. Sa mission sera différente de celle de ses aïeux, car l’époque n’est plus la même. Le temps n’aura plus prise sur notre héros !

Non loin du Lac Van, méditant à l’intérieur du Rocher du Corbeau, oiseau ô combien symbolique pour toutes les civilisations antiques du monde, Mehère-le-Jeune incarnera l’espoir d’une vie paisible sur cette terre, ces montagnes et ces eaux qui ont captivé les ancêtres des Arméniens, depuis la nuit des temps.



 

 Un mot au lecteur

Les récits qui composent la légende arménienne David de Sassoun ont été recueillis, pêle-mêle, dans toutes les régions de l’Arménie historique, surtout  au 19ème siècle, directement de la bouche des conteurs.  

Ensuite un énorme travail a été exécuté pour en faire un puzzle cohérent.

Cette mosaïque de récits et de chants a été une source d’inspiration pour de nombreux écrivains. Des traductions existent en différentes langues.

J’ai eu le bonheur de lire cette légende dans sa langue originale. 

Au fur et à mesure de mes lectures, certains points attiraient mon attention : je sentais, je voyais cette légende autrement.

Les légendes sont nombreuses, mais celle-ci est bien différente ! En effet, dans la légende arménienne, nul besoin n’est d’anéantir le monde, par le déluge ou autres forces de la nature, pour en créer un meilleur : les ancêtres des Arméniens ont accepté le monde tel qu’ils l’ont découvert et s’y sont adaptés ; ils ont réalisé des inventions dans tous les domaines, apportant, de ce fait, une incontestable contribution à la création du berceau de la civilisation occidentale.

Alors, j’ai décidé d’explorer cette légende pour en trouver la source et je me suis lancé le défi de découvrir la chose ou le phénomène qui avait émerveillé ou effrayé  les habitants de cette terre, et qui, pour cette raison, avait eu le mérite d’être raconté par certains d’entre eux.

Je vous révèle les principaux points qui ont permis ma propre interprétation de cette légende. Vous pouvez les découvrir dans le premier tome de la Saga des Héros de Sassoun.

Voyons tout d’abord ce qui a émerveillé ce peuple :

Le massif du mont Ararat, avec ses deux montagnes qui  ressemblaient, et qui ressemblent toujours, à deux frères jumeaux, inséparables, protecteurs, magnifiques de beauté, de noblesse et de générosité.

Cet émerveillement a été le commencement de cette légende populaire : à l’image de ce massif,  la légende des deux frères jumeaux, Sanassar et Bardassar, prendra forme… Leurs noms incarneront les roches et les troncs d’arbre de ces montagnes.

Plus tard, les noms de Grand Massis et de Petit Massis couleront de source !

L’apparition du lait à la naissance d’un bébé, humain ou animal. Ils en ont constaté l’importance pour la survie des progénitures, donc des espèces… Dans notre légende, la Source au Lait, en est l’expression.

Les reflets de la lumière sur la surface dulac de Van.

 Le lac de Van a dû les surprendre par la vivacité de ses scintillements : on sait actuellement que son eau, peu salée, est extrêmement riche en sels minéraux…  Ainsi, le reflet de la lumière sur ses vaguelettes créait une multitude de petits miroirs, calmes ou agités, qui leur apparaissaient tels des êtres vivants. C’est à cette époque que Dzovinar  a dû naître

Dzov  =  mer, lac, eau.

nar     =  feu, étincelle, lumière.

Cela donne : eau et lumière qui, à elles seules, définissent la vie…

Le phénomène de l’écho dans ce pays de montagnes, phénomène que leurs habitants ont dû exploiter à bon escient pour communiquer à distance. Dans notre légende, Ohane-à-la-voix-tonnante en est la preuve.

Les chevaux ! Les habitants de ces terres avaient été conquis par la beauté, l’intelligence et la fidélité de ce superbe animal. Grands éleveurs de chevaux et cavaliers émérites, ils avaient réussi, à des époques fort lointaines, à dresser leurs chevaux pour le combat : cavalier et monture s’entendaient parfaitement et ne formaient qu’un seul être. Ces chevaux étaient très appréciés et leur renommée avait atteint des distances fabuleuses ! Dans la légende, Djalali a été leur majestueux représentant.

La Foudroyante, les armes et les armures. Aucun archéologue ne contredira le fait que la métallurgie que ce peuple a créée est l’une des plus anciennes au monde. Leurs armes, l’épée courte en particulier, avaient une renommée inégalable surtout pour la qualité du métal obtenu pour fabriquer sa lame. La Foudroyante a traversé les siècles pour nous le rappeler.

 Téchéba, le dieu de l’Orage, représenté debout surun taureau.

Il y a de cela plusieurs millénaires, ce dieu a été vénéré par les habitants de toute l’Asie Mineure et du Sud Caucase : successivement par les Hittites, les Hourrites et les Ourartéens. La légende populaire n’en parle pas, mais voilà ce que j’y ai vu :

La légende nous raconte que les Sassouniotes, en période de sécheresse, sacrifiaient un bœuf et offraient du hérissa, pour avoir de la pluie. Cette scène est relatée dans le second tome de la saga : on y voit Davids’emparer d’un chaudron à quatre poignées

Or, nous savons à présent que les ancêtres des Arméniens, les Ourartéens, étaient renommés pour leurs chaudrons à quatre poignées, chaudron en bronze dont ils faisaient le commerce. Vous pouvez voir, au Musée des civilisations anatoliennes à Ankara, le magnifique « Chaudron d’Altintepe », chaudron en bronze, à quatre poignées représentant des têtes de taureau ! Le taureau était l’emblème du dieu Téchéba ! Que d’informations grâce à ces quatre poignées !…

Voyons à présent ce qui a effrayé ce peuple :

Les vents implacables qui soufflaient, et soufflent encore, sur les flancs de leurs montagnes. Dans la légende, ils sont représentés par « le démon blanc », que vous découvrez, dans le premier tome de la saga, sous le nom de Réchabar, Génie des Vents.

Pourquoi  lui ai-je attribué ce nom ?

Le mot  Réchabar  est le nom d’un vent violent qui, jusqu’à nos jours, continue à dévaler les pentes des montagnes du Sud Caucase, provoquant toutes sortes de calamités, dont les avalanches… Or,  si vous prononcez ce mot avec un  h aspiré avant de prononcer le  r , vous obtiendrez  hrèch , un mot arménien qui signifie monstre, démon ; d’autre part,  babbar  signifie blanc, en sumérien… 

D’où : rèchabar = démon blanc… et ce, depuis que ce vent souffle sur les pentes du Caucase…

Le monstre avaleur de toutes les sources, que Sanassar doit tuerpour redonner l’eau aux terres desséchées…

Il y a de cela plus de 3000 ans, les lointains ancêtres des Arméniens construisaient des barrages gigantesques pour assurer l’eau de leurs cités. Dans cette légende, le barrage a été vécu comme un monstre avaleur de sources. Qui dit barrage dit eau abondante pour certains, et assèchement des terres pour d’autres. Cela se voit même de nos jours.

La ville d’Airain, dans la légende est une ville ensorcelée, où les étrangers, qui n’avaient pu boire un baquet de lait avant d’y entrer, se voyaient transformés en vieillard à barbe et aux cheveux blancs… Sanassar, qui l’avait bu, avait été épargné.

Ecologistes sans le savoir, les personnages de cette légende avaient ressenti la nocivité des émanations des forges à bronze et y avaient trouvé un remède : le lait !… encore et toujours le lait !

(A propos d’écologie, dans la légende, Mehère-le-Lion avait créé une réserve pour protéger les espèces animales des montagnes.)

La place de la légende populaire arménienne sur l’axe du temps :

L’eau estomniprésente dans l’histoire de « Sanassar et Bardassar », même l’oracle du Yaïla annonce ses prédictions grâce aux eaux de sept sources différentes… Cette légende a pris naissance dans une population sédentaire : les systèmes d’irrigation de leurs champs, qui remontent au début de l’âge de pierre, le témoignent. Ils ont adoré l’eau et ils ont même construit des temples pour la vénérer.

Les deux petites amphores , l’une pleine d’eau, que Blondine, amoureuse de Sanassar,utilise pour lui écrire, témoignent de l’ancienneté de cette légende, car dans l’antiquité, on écrivait sur des tablettes d’argile, sur des pots ou sur des fragments de pots cassés…

Les roiset Khéri Thoros. Nous voyons, tout au long de cette légende des rois se succéder, des rois dont la puissance assure une vie tranquille à leurs sujets, et nous voyons également auprès d’eux, toujours le même personnage, malgré les siècles qui se succèdent : c’est Kéri Thoros, le passeur de coutumes, le représentant de la morale au sein de la société.

Le chef ou roi, qui gère les biens, est transitoire, mais les coutumes, elles, résistent au temps qui passe.   

C’est la représentation de la société primitive :  «…  la situation du chef qui n’a d’autre arme instituée que son prestige, pas d’autres moyens que la persuasion, pas d’autre règle que son pressentiment des désirs du groupe : le chef ressemble plus à un leader, à une star qu’à un homme de pouvoir,……… le guerrier est lui-même pris dans un processus d’accumulation de ses exploits, qui le mène à une solitude et une mortprestigieuse, sans pouvoir… »  (extrait duTraité de Nomadologie : La machine de guerre, de Gilles Deleuze)

Cette définition convient mot à mot à chacun des héros de Sassoun.

Le lac de Van. Nombre d’événements de cette légende se sont déroulés dans la région du merveilleux lac de Van, où, jusqu’à nos jours, deux témoins, debout et pleins de majesté, sont là pour nous le prouver : l’un nous arrive de l’Antiquité, tandis que l’autre, du Moyen Âge ; le premier est un temple dédié au dieu ourartéen Khaldi et le second, jaillissant des eaux du lac, est l’église Sainte-Croix dédiée au Christ. Ces deux monuments sont de véritables livres d’histoire.

Ce  lac, à lui seul, témoigne témérairement d’une histoire qui s’étend de part et d’autre du repère de l’axe du temps, il témoigne d’une histoire que la légende populaire arménienne nous a rapportée avec une vaillance intarissable !

Laissez vagabonder votre propre imagination pour interpréter la lecture de cet ouvrage, mon rôle se bornant à vous présenter la descendance de cette famille de héros, à travers différentes époques.

Les travaux archéologiques sur le territoire de l’Arménie historique n’ayant  pas encore fait surgir toute l’histoire ancienne de ce pays, lisez donc cette saga comme un conte merveilleux.

Certains passages sont en italique, car ils appartiennent à l’héritage même qui nous a été confié,  et de ce fait, j’ai désiré vous transmettre l’enthousiasme et l’admiration qui m’ont envahie lorsque je les ai lus : n’ont-ils pas réussi à traverser des siècles et des siècles, chantés, racontés ou déclamés, avant de nous parvenir malgré les innombrables et inimaginables vicissitudes vécues par le peuple qui les avait créés ? Je les ai traduits, le plus fidèlement possible, avec l’espoir de vous faire partager la saveur qui s’en dégage, saveur étonnamment lyrique, exprimée avec des mots ordinaires, pour décrire des images pleines de simplicité et des émotions que l’on ressent encore aujourd’hui.

 Alice Varvarian



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